jeudi 24 décembre 2009

z5-




Zeta cinco.
D’un côté il y la montagne qui surplombe, qui surveille. De l’autre la mer froide qui se fracasse continuellement sur les falaises. Au milieu il y a cet arbre, ce grand arbre qui berce la mort. Ses racines sont un portail de fer forgé, noir aux nuances rouillées. Son tronc est une grande allée flanquée d’un gazon vert profond et doux. Ses branches sont des allées plus petites qui voient en leurs extrémités fleurir les tombes, comme des bourgeons. z5, c’est le nom de ta petite allée, de ta branche où tu reposes sans bouger, comme un petit oiseau qui crame au soleil. Belle ironie toi qui a cramé dans ta caisse de bois mordorée où ton gros corps dégueulasse a soudainement pris moins de place. Tu cramais, pendant que raisonnait une berceuse qui finissait par noyer ceux qui te pleuraient. Et tes restes, ta cendre, comme les miettes d’un gâteau qui tombent, s’est entremêlée à la chair poussiéreuse de tes aïeuls, de quoi balayer un sacré bourbier. Moi j’étais sec mais buvais avec horreur les paroles de ce prêtre qui ne t’avait jamais ni vu ni toucher, mais qui te faisait des éloges par bouquets. Hypocrisie divine, amen. Je pensais alors à ce beau jour où on m’a appris ta mort, où je suis venir te voir. C’est le moment de ta vie où tu as été le plus proche de moi, tu m’as touché même. Et sans le savoir ton cou a laissé mes mains te prendre, et ton dos déjà froid et dur a laissé ma tête s’y poser. Tu n’as jamais été aussi tendre que ce jour-là. Il faisait noir et froid, ton horloge digital affichait une heure clignotante et déglinguée, comme si ta crise cardiaque avait fait sauter les plombs. Tu étais couché sur le ventre, tu étais dur et glacé, la décomposition commençait son œuvre et moi je pensais encore que tu respirais, je m’imaginais ton souffle, l’hallucinais et plusieurs fois j’y ai cru. Cela devait être les gaz qui se cognaient et s’agitaient si bien qu’ils brassaient ton cops comme un bateau qui chavire. Je m’approchais de ton oreille et te murmurais la seule phrase que je te disais parfois, hasta la semana que viene.

jeudi 3 décembre 2009

M'assommant -



                      Émile Zola

Pour marquer ma lecture de L'Assommoir d' Émile Zola, je vous en offre un court passage mais néanmoins décisif et révélateur...

«(...)Elle eut la curiosité d'aller regarder, au fond, derrière la barrière de chêne, le grand alambic de cuivre rouge, qui fonctionnait sous le vitrage clair de la petite cour; et le zingueur, qui l'avait suivie, lui expliqua comment ça marchait, indiquant du doigt les différentes pièces de l'appareil, montrant l'énorme cornue d'où tombait un filet limpide d'alcool. L'alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre; pas une fumée ne s'échappait; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c'était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet. Cependant, Mes Bottes, accompagné de ses deux camarades, était venu s'accouder sur la barrière, en attendant qu'un coin du comptoir fût libre. Il avait un rire de poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à soûler. Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait, dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours. Lui, aurait voulu qu'on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud, l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau. Dame ! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce roussin de père Colombe ! Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu grelot , tout de même. L’alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les reflets éteints de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d'alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris.
Alors, Gervaise, prise d'un frisson, recula ; et elle tâchait de sourire, en murmurant :
«C'est bête, ça me fait froid, cette machine... la boisson me fait froid...»(...) »

L'Assommoir, d'Émile Zola, 1877(Chapitre II, pages 88-89 aux éditions Livre de poche).


Les pochards, huile sur toile de James Ensor, 1883

Cette illustration d'Ensor -qui au passage a servie pour l'iconographie de L'Assommoir aux éditions Folio Classiques-,  représente l'atmosphère qu'on peut qualifier de général de l'œuvre. Ce livre est une plongée en apnée dans l'univers ouvrier du XIX ième où les fléaux sont l'alcoolisme et l'autodestruction. Je n'ai pas envie de m'étaler, les critiques ont déjà été faites, cependant, ce livre m'a tout simplement stupéfié. En effet, le style d' Emile oscille entre le sérieux, le délire et la prouesse tout en gardant beaucoup d'humour, qu'il soit ironique, cynique ou noir. C'est tordant, c'est grinçant, ça fout mal bref, cela ne laisse pas indifférent. Enfin, ce livre m'a simplement touché par son approche, il était rare à cette époque qu'un bourgeois se donne la peine de marcher dans la merde et d'aimer ça, car L'Assommoir est avant tout une révélation du monde ouvrier, comme quoi, les pauvres et les soûlards peuvent eux aussi avoir de l'intérêt, on est bien loin des héros aristos et de leurs peines de cœurs, loin des palais et des châteaux, loin des beaux jardins, loin des belles allées et des beaux spectacles, oui, à vrai dire on est seulement juste à côté.

dimanche 15 novembre 2009

En attendant -

    

Led Zeppelin, Since I've been loving you, extrait de l'album Led Zeppelin III, 1970.
De quoi hérisser le poil.

lundi 9 novembre 2009

20 ans, déjà -



Les images parlent d'elles-mêmes, alors je vous laisse en compagnie de Mstislav Rostropovitch et sa suite en C majeur de Sébastien Bach. Moment unique.

jeudi 5 novembre 2009

Littérature en balluchon -


                                                       Guy de Maupassant
(...)Il faut être, en effet, bien fou, bien audacieux, bien outrecuidant ou bien sot, pour écrire encore aujourd'hui ! Après tant de maîtres aux natures si variées, au génie si multiple, que reste ­t ­il à faire qui n'ait été dit ? Qui peut se vanter, parmi nous, d'avoir écrit une page, une phrase qui ne se trouve déjà, à peu près pareille, quelque part ? Quand nous lisons, nous, si saturés d'écriture française que notre corps entier nous donne l'impression  d'être une pâte faite avec des mots, trouvons ­nous jamais une ligne, une pensée qui ne nous soit familière, dont nous ayons eu, au moins, le confus pressentiment ?
          L'homme qui cherche seulement à amuser son public par des moyens déjà connus, écrit avec confiance, dans la candeur de sa médiocrité, des œuvres destinées à la foule ignorante et désœuvrée. Mais ceux sur qui pèsent tous les siècles de la littérature passée, ceux que rien ne satisfait, que tout dégoûte parce qu'ils rêvent mieux, à qui tout semble défloré déjà, à qui leur œuvre donne toujours l'impression d'un travail inutile et commun, en arrivent à juger l'art littéraire une chose insaisissable, mystérieuse, que nous dévoilent à peine quelques pages des plus grands maîtres.
          Vingt vers, vingt phrases, lus tout à coup nous font tressaillir jusqu'au cœur comme une révélation surprenante ; mais les vers suivants ressemblent à tous les vers, la prose qui coule ensuite ressemble à toutes les proses.(...)

Guy de Maupassant, préface de Pierre et Jean, 1888.



C'est en étudiant cette célèbre préface ce matin, que me sont venus à l'esprit quelques idées, quelques questionnements. Que va devenir la littérature contemporaine ou, qu'est-elle entrain de devenir ? Non pas que ce questionnement ne m'est pas tiraillé bien avant, mais cette préface démontre bien l'incapacité des contemporains à spécifier un mouvement, une tendance, et surtout, à croire que le nouveau est possible. En effet, nous pouvons voir, quoique l'animal littéraire qu'il était, que Guy lui-même, pensait à une finalité de la littérature de son époque. Comme vous pouvez le voir, pour lui, rien ne saura, ni ne pourra être nouveauté,  l'innovation est impossible. Cependant, avec 121 ans de recul , nous constatons que Maupassant n'avait pas pensé au symbolisme(quoiqu'il en parlait comme une extravagance d'auteur passagère un peu plus haut dans la préface), au surréalisme, à l'existentialisme, à l'oulipo et au nouveau roman ! Bien sûr, nous l'excuserons, tout le monde ne peut pas être devin, mais ce raisonnement, tout à fait recevable autant à l'époque qu'aujourd'hui,  révèle ici sa limite et prouve que non, rien n'est mort et tout est à découvrir. Je pense que l'idée de vivre dans un creux littéraire(appelons un chat un chat) a quand même sa part d'excitation. Alors oui! notre génération ne fait pas parti d'un grand mouvement littéraire, où les auteurs auraient tous en chœur, la plume affûtée, où les sentiments d'élévation, de vague et d'ivresse nous rongeraient tout un chacun ; mais la seule idée de vivre dans une espèce de bouillonnement brûlant et humide, de vivre la naissance d'un quelconque gisement spirituel, ou alors d'être à l'origine d'un néant profond et obscur, encore insoupçonné, me stimule. Nous somme dans tous les cas, dans une époque adolescente, où  son effervescente masturbation, ne peut aboutir qu'à une singulière éjaculation.
Qu'est-ce que la littérature nous réserve ? Qui vivra verra.

mardi 27 octobre 2009

Le discours d'Aristophane -



Aujourd'hui je m'attarde un tantinet sur un apologue charmant,  qui puise toute sa subtilité dans son incongruité. En effet, je vous fais part du discours d'Aristophane, dans Le banquet de notre bon vieux Platon. Et si comme moi, vous ne l'avez pas lu, il faut donc contextualiser : Aristophane est un poète comique du V siècle avant la malheureuse crucifixion de notre mystérieux pote Jésus Crit (pardon), il est donc mis en scène par Platon -qui au passage se moque de lui en lui attribuant un hoquet incurable qui lui empêche de parler-, dans Le banquet où durant une réception mondaine, chacun des invités va entretenir un discours sur la nature et l'origine de l'amour(eros en grec). Aussi, le discours d'Aristophane en est un....


(…)Jadis la nature humaine était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. D'abord il y avait trois sortes d'hommes : les deux sexes qui subsistent encore, et un troisième composé de ces deux-là ; il a été détruit, la seule chose qui en reste c'est le nom. Cet animal formait une espèce particulière et s'appelait androgyne, parce qu'il réunissait le sexe masculin et le sexe féminin ; mais il n'existe plus, et son nom est en opprobre.


                                                                         Illustration : Joann Sfar
En second lieu, tous les hommes présentaient la forme ronde ; ils avaient le dos et les côtes rangés en cercle, quatre bras, quatre jambes, deux visages attachés à un cou orbiculaire, et parfaitement semblables ; une seule tête qui réunissait ces deux visages opposés l'un à l'autre ; quatre oreilles, deux organes de la génération, et le reste dans la même proportion. Ils marchaient tout droits, comme nous, et sans avoir besoin de se tourner pour prendre tous les chemins qu'ils voulaient. Quand ils voulaient aller plus vite, ils s'appuyaient successivement sur leurs huit membres, et s'avançaient rapidement par un mouvement circulaire, comme ceux qui, les pieds en l'air, font la roue. La différence qui se trouve entre ces trois espèces d'hommes vient de la différence de leurs principes. Le sexe masculin est produit par le soleil, le féminin par la terre ; et celui qui est composé des deux autres par la lune, qui participe de la terre et du soleil. Ils tenaient de ces principes leur forme et leur manière de se mouvoir, qui est sphérique.



Leurs corps étaient robustes et vigoureux et leurs courages élevés ; ce qui leur inspira l'audace de monter jusqu'au ciel et de combattre contre les dieux, ainsi qu'Homère l'écrit d'Ephialtès et d'Otus, Jupiter examina avec les dieux le parti qu'il fallait prendre. L'affaire n'était pas sans difficulté : les dieux ne voulaient pas anéantir les hommes, comme autrefois les géants, en les foudroyant, car alors le culte et les sacrifices que les hommes leur offraient auraient disparu ; mais, d'un autre côté, ils ne pouvaient souffrir une telle insolence.
Enfin, après de longues réflexions, Jupiter s'exprima en ces termes : « Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c'est de diminuer leurs forces. Je les séparerai en deux par là, ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, ce sera d'augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et si, après cette punition, ils conservent leur audace impie et ne veulent pas rester en repos, je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied, comme ceux qui dansent sur des outres à la fête de Bacchus. »


Après cette déclaration, le dieu fit la séparation qu'il venait de résoudre ; et il la fit de la manière que l'on coupe les oeufs lorsqu'on veut les saler, ou qu'avec un cheveu on les divise en deux parties égales.


Il commanda ensuite à Apollon de guérir les plaies, et de placer le visage et la moitié du cou du côté où la séparation avait été faite : afin que la vue de ce châtiment les rendît plus modestes. Apollon mit le visage du côté indiqué, et ramassant les peaux coupées sur ce qu'on appelle aujourd'hui le ventre, il les réunit à la manière d'une bourse que l'on ferme, n'y laissant au milieu qu'une ouverture qu'on appelle nombril. Quant aux autres plis, qui étaient en très-grand nombre, il les polit, et façonna la poitrine avec un instrument semblable à celui dont se servent les cordonniers pour polir le cuir des souliers sur la forme, et laissa seulement quelques plis sur le ventre et le nombril, comme des souvenirs de l'ancien châtiment.

Cette division étant faite, chaque moitié cherchait à rencontrer celle dont elle avait été séparée ; et, lorsqu'elles se trouvaient toutes les deux, elles s'embrassaient et se joignaient avec une telle ardeur, dans le désir de rentrer dans leur ancienne unité, qu'elles périssaient dans cet embrassement de faim et d'inaction, ne voulant rien faire l'une sans l'autre. Quand l'une des deux moitiés périssait, celle qui subsistait en cherchait une autre, à laquelle elle s'unissait de nouveau, soit que ce fût la moitié d'une femme entière, ce que nous appelons maintenant une femme, soit que ce fût une moitié d'homme : et ainsi la race allait s'éteignant.
Jupiter, ému de pitié, imagine un autre expédient : il met par-devant les organes de la génération, car auparavant ils étaient par derrière : on concevait et l'on répandait la semence, non l'un dans l'autre, mais à terre, comme les cigales. Jupiter mit donc les organes par-devant, et, de cette manière, la conception se fit par la conjonction du mâle et de la femelle. Alors si l'union se trouvait avoir lieu entre l'homme et la femme, des enfants en étaient le fruit, et, si le mâle venait à s'unir au mâle, la satiété les séparait bientôt, et les renvoyait à leurs travaux et aux autres soins de la vie.
De là vient l'amour que nous avons naturellement les uns pour les autres : il nous ramène à notre nature primitive, il fait tout pour réunir les deux moitiés et pour nous rétablir dans notre ancienne perfection. Chacun de nous n'est donc qu'une moitié d'homme qui a été séparée de son tout de la même manière qu'on coupe une sole en deux. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitiés. Les hommes qui proviennent de la séparation de ces êtres composés qu'on appelait androgynes aiment les femmes ; et la plupart des adultères appartiennent à cette espèce, à laquelle appartiennent aussi les femmes qui aiment les hommes et violent les lois de l'hymen. Mais les femmes qui proviennent de la séparation des femmes primitives ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées vers les femmes : à cette espèce appartiennent les tribades. De même, les hommes qui proviennent de la séparation des hommes primitifs recherchent le sexe masculin. Tant qu'ils sont jeunes, ils aiment les hommes : ils se plaisent à coucher avec eux et à être dans leurs bras : ils sont les premiers parmi les adolescents et les adultes, comme étant d'une nature beaucoup plus mâle. C'est bien à tort qu'on les accuse d'être sans pudeur, car ce n'est pas faute de pudeur qu'ils agissent ainsi ; c'est parce qu'ils ont une âme forte, un courage mâle et un caractère viril qu'ils recherchent leurs semblables : et ce qui le prouve, c'est qu'avec l'âge ils se montrent plus propres que les autres à servir l'Etat(…).

Pour ceux qui ont eu l'audace, la curiosité et le mérite de lire jusqu'ici, sachez que vous pouvez trouver un court métrage, bien goupillé mais pas parfait non plus, mettant en scène ce mythe d'Aristophane, ici. Sinon, j'ai choisi de partager cet extrait, tout simplement pour souligner la vision d'une part, assez délurée et plaisante d'Aristophane et d'autre part, pour souligner l'avant-gardisme étonnant que pouvaient avoir les grecs, je vous rappelle au V ième siècle avant Jésus, par rapport aux orientations sexuels. Petit b mol cependant, et pas des moindres, cet apologue n'inclut ni l'idée de choix, ni l'autodétermination et renforce l'idée de l'inné, ce qui, bien évidemment, peut hérisser le poil de certains, dont moi, mais voyons, un peu d'indulgence, nous somme bien au V ième siècle avant l'Autre Taré et ce texte nous offre bien plus qu'une source de spéculations ineptes...

mardi 20 octobre 2009

Réponse en filigrane -


« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.»


A ma chair,



Lumière de ma vie…

Cherchez-donc et nourrissez-vous donc de votre Humbert Humbert, croyez-donc que le monstre n’était qu’en fait, ébranlé par une furieuse passion, épanché, piégé. Construisez-donc une jolie symphonie où la mauvaise note serait la bienvenue, où le chœur amer et nasillard, ferait couler la pitié. Achevez donc l’histoire, en un coup bouleversé et rendez-vous compte qu’il n’était qu’un homme. Car c’était bien un homme, un homme comme vous, un homme comme moi, ce monstre était un homme. Moi-même, je pourrais le comprendre et même j’ose, je le comprends, car si cet homme a été percuté, comme je l’ai été, par votre insolente existence, il y avait de quoi trébucher. Seulement, cet homme, n’a pas eu ma chance, lui, n’était pas à sa place et sa faute a été de ne pas bouger, d’y rester et de s’y soumettre vulgairement, ignoblement, égoïstement. Ce monstre est un homme.
Vous n’êtes pas
Dolorès. Là est la clef du roman, autant qu’il n’est pas votre Humbert Humbert. Il n’y avait pas de nymphette, il n’y avait pas de Lolita.
Là était ma crainte, affûtée mais néanmoins muette et respectueuse, de votre
chute d’arbre.

… feu de mes reins.

Alors ! Ne vous laissez pas abattre par une viande un peu molle et un peu trop flétrie à votre goût et ma parole, foutez lui de grands coups de verges histoire de l’affermir et bouffez-là, comme une ogresse, de vos dents gâtées par l’acidité corrosive de vos douloureux théâtres. Et rappelez-vous que l’ardeur me dévore la tripe depuis le jour où je vous ai croisé, n’est-ce pas ?
Gavez-moi de vos têtes à queue qui me font, à vrai dire, tourner la tête et faites vibrer les cordes de ces violons qui sont si chers à nos yeux ! Si cette
fée perverse est bel et bien revenue, et j’en suis convaincue, ne vous faites pas plus feignant que moi, ne dévoyez pas vers la facilité, ne vous laissez pas avoir pas vos discours paranoïaques qui sont eux, contrairement à vos écrits, sans queue, ni tête. Et donnez à cette fée le devoir et l’obligation de me donner des coups de baguette…magique bien entendu !
Et donnez un sens à vos tête à queue ! Mettez-moi le museau dans la chair et magnez-donc la baguette qu’elle vous fasse sa magie ma parole ! Vous me voyez pourtant, miauler comme un chat, aboyer comme un bâtard, hurler ma lycanthropie ! Vous le voyez bel et bien ! mais vous avez raison, les vraies femmes, aussi capricieuses soient-elles, méritent leur madrigal.

Lo. Lii. Ta.

Concernant cette métaphore cinématographique autant déroutante que simple et réaliste, elle me fait peur, justement parce qu’elle est tout à fait vraie, trop vraie. Je vous rappelle qu’on meurt à la fin…


image : Un bout d'affiche de Lolita, film de Stanley Kubrick de 1962, inspiré par le roman de Vladimir Nabokov du même nom.




Genèse -



ou l'histoire du gato negro...

C’est une fois avoir tiré son coup que Le Grand Miaouw s’était rendu compte qu’il ne s’était point protégé…
Une fois de plus ou de moins, pensa-t-il un peu enjoué par le fabuleux orgasme qu’il venait d’avoir.
Pourtant, ce n’était pas la première fois que le Grand Miaouw -dont le cocktail physique, alliant à la fois, son allure de beau mâle, élastique et soignée à son air martial dû à sa race de type gouttière, qui faisait miauler les chats et les chattes les plus lubriques du quartier- baisait sans capote. Le Sida Du Chat battait pourtant à flot, impalpable, vicieux et il avait déjà souillé la plupart de ses potes, mais qu’importe, le mélange de chairs se doit d’être vrai, jusqu’aux méandres, jusqu’aux tripes se disait-il toujours avant une partie de pattes en l’air. De plus baiser une persane- c’étaient ses préférées et plus particulièrement les grises- sans capote était bien la chose la plus délectable dont il avait eu l’occasion de goûter, sentir leurs poils longs et soyeux parcourir le long de sa verge, la baiser comme un chien- les chats aussi disent ça- tout en étant amorti par l’épaisseur de la robe, dont le gris qui la compose se nuance différemment pour chacune des partie du corps qu’elle recouvre. Et puis leur miaulement était si profond et si pénétrant, que Le Grand Miaouw avait des fois, l’étrange mais néanmoins, bonne sensation que c’était lui qui se faisait prendre, de quoi assouvir des tendances homochaxuelles que Le Grand Miaouw n’assumait pas encore, mais ceci est une autre histoire. Bref, la persane c’était d’la bombe quoi ! Et la bombe, ça se savoure à poil !
Cependant, c’était une surprise bien plus délicate et gênante, que le Sida Du Chat, qui pointait le bout de sa griffe…la persane était en cloque. Et c’est pour cela qu’elle miaula Le Grand Miaouw quelque semaine plus tard, dont la seule réaction a été de lui dire qu’il fallait qu’elle arrête de se trouver des excuses, grossir, ça arrivait à tout le monde(excepté lui). Pourtant Le Grand Miaouw deviendrait bel et bien Papa et cette nouvelle lui rappela les pâtées bon marché qu’il avait déjà eu l’occasion de goûter dans ses moment les plus périlleux :
Une belle saloperie qui n’aurait jamais dû existé pensa-t-il déjoué cette fois-ci.
Il alla donc voir la persane avec autant d’envie que de faire un voyage en chine. Elle était devenue énorme, difforme, elle rampait de toute sa masse sur le sol et son gras visqueux et beaucoup trop mou engloutissait la route, la dévorait.
Putain ! Il doit y en avoir pour un kilo de pâtée bon marché là-dedans, ils seront au moins dix ! miaula-t-il.
La persane formait un carré parfait aussi large que long et il se demanda vraiment, comment il pourrait un jour baiser de nouveau cette barrique à poil.
Elle accoucha quelque heures plus tard, dans un miaulement cette fois, aussi bien strident que guttural et bien loin d’être aussi bandant que ses miaulements coïtaux. Sa douleur et son énorme ventre laissaient à penser que les chatons se conteraient par dizaines ce qui poserait un problème de tétines. Cependant, la persane n’accoucha que d’un seul chaton, ce dernier en remplaçait aisément dix et Le Grand Miaouw fut surpris de se rendre compte qu’il y en avait qu’un dans ce tas de gras et que c’est lui qui prenait toute la place. De plus, ce petit chat était très laid, il était tout noir, du bout de la queue à la rétine de ses yeux globuleux, n’offrant donc aucune nuance, aucune personnalité. Il était noir comme la nuit et il était énorme, gras et pâteux, on le surnomma dans tous le quartier, el gato negro
S’en suit un divorce entre la persane et Le Grand Maiouw, la mère resta obèse toute sa vie en regardant les ChatPeople sur la Chatre et le père devint un alcolo-dépressif utilisant ses neuf vies à tester les différentes manières de suicides. Et el gato negro, lui, entreprit des études de lettres…


image : Charlotte(personelle)