mardi 27 octobre 2009

Le discours d'Aristophane -



Aujourd'hui je m'attarde un tantinet sur un apologue charmant,  qui puise toute sa subtilité dans son incongruité. En effet, je vous fais part du discours d'Aristophane, dans Le banquet de notre bon vieux Platon. Et si comme moi, vous ne l'avez pas lu, il faut donc contextualiser : Aristophane est un poète comique du V siècle avant la malheureuse crucifixion de notre mystérieux pote Jésus Crit (pardon), il est donc mis en scène par Platon -qui au passage se moque de lui en lui attribuant un hoquet incurable qui lui empêche de parler-, dans Le banquet où durant une réception mondaine, chacun des invités va entretenir un discours sur la nature et l'origine de l'amour(eros en grec). Aussi, le discours d'Aristophane en est un....


(…)Jadis la nature humaine était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. D'abord il y avait trois sortes d'hommes : les deux sexes qui subsistent encore, et un troisième composé de ces deux-là ; il a été détruit, la seule chose qui en reste c'est le nom. Cet animal formait une espèce particulière et s'appelait androgyne, parce qu'il réunissait le sexe masculin et le sexe féminin ; mais il n'existe plus, et son nom est en opprobre.


                                                                         Illustration : Joann Sfar
En second lieu, tous les hommes présentaient la forme ronde ; ils avaient le dos et les côtes rangés en cercle, quatre bras, quatre jambes, deux visages attachés à un cou orbiculaire, et parfaitement semblables ; une seule tête qui réunissait ces deux visages opposés l'un à l'autre ; quatre oreilles, deux organes de la génération, et le reste dans la même proportion. Ils marchaient tout droits, comme nous, et sans avoir besoin de se tourner pour prendre tous les chemins qu'ils voulaient. Quand ils voulaient aller plus vite, ils s'appuyaient successivement sur leurs huit membres, et s'avançaient rapidement par un mouvement circulaire, comme ceux qui, les pieds en l'air, font la roue. La différence qui se trouve entre ces trois espèces d'hommes vient de la différence de leurs principes. Le sexe masculin est produit par le soleil, le féminin par la terre ; et celui qui est composé des deux autres par la lune, qui participe de la terre et du soleil. Ils tenaient de ces principes leur forme et leur manière de se mouvoir, qui est sphérique.



Leurs corps étaient robustes et vigoureux et leurs courages élevés ; ce qui leur inspira l'audace de monter jusqu'au ciel et de combattre contre les dieux, ainsi qu'Homère l'écrit d'Ephialtès et d'Otus, Jupiter examina avec les dieux le parti qu'il fallait prendre. L'affaire n'était pas sans difficulté : les dieux ne voulaient pas anéantir les hommes, comme autrefois les géants, en les foudroyant, car alors le culte et les sacrifices que les hommes leur offraient auraient disparu ; mais, d'un autre côté, ils ne pouvaient souffrir une telle insolence.
Enfin, après de longues réflexions, Jupiter s'exprima en ces termes : « Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c'est de diminuer leurs forces. Je les séparerai en deux par là, ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, ce sera d'augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et si, après cette punition, ils conservent leur audace impie et ne veulent pas rester en repos, je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied, comme ceux qui dansent sur des outres à la fête de Bacchus. »


Après cette déclaration, le dieu fit la séparation qu'il venait de résoudre ; et il la fit de la manière que l'on coupe les oeufs lorsqu'on veut les saler, ou qu'avec un cheveu on les divise en deux parties égales.


Il commanda ensuite à Apollon de guérir les plaies, et de placer le visage et la moitié du cou du côté où la séparation avait été faite : afin que la vue de ce châtiment les rendît plus modestes. Apollon mit le visage du côté indiqué, et ramassant les peaux coupées sur ce qu'on appelle aujourd'hui le ventre, il les réunit à la manière d'une bourse que l'on ferme, n'y laissant au milieu qu'une ouverture qu'on appelle nombril. Quant aux autres plis, qui étaient en très-grand nombre, il les polit, et façonna la poitrine avec un instrument semblable à celui dont se servent les cordonniers pour polir le cuir des souliers sur la forme, et laissa seulement quelques plis sur le ventre et le nombril, comme des souvenirs de l'ancien châtiment.

Cette division étant faite, chaque moitié cherchait à rencontrer celle dont elle avait été séparée ; et, lorsqu'elles se trouvaient toutes les deux, elles s'embrassaient et se joignaient avec une telle ardeur, dans le désir de rentrer dans leur ancienne unité, qu'elles périssaient dans cet embrassement de faim et d'inaction, ne voulant rien faire l'une sans l'autre. Quand l'une des deux moitiés périssait, celle qui subsistait en cherchait une autre, à laquelle elle s'unissait de nouveau, soit que ce fût la moitié d'une femme entière, ce que nous appelons maintenant une femme, soit que ce fût une moitié d'homme : et ainsi la race allait s'éteignant.
Jupiter, ému de pitié, imagine un autre expédient : il met par-devant les organes de la génération, car auparavant ils étaient par derrière : on concevait et l'on répandait la semence, non l'un dans l'autre, mais à terre, comme les cigales. Jupiter mit donc les organes par-devant, et, de cette manière, la conception se fit par la conjonction du mâle et de la femelle. Alors si l'union se trouvait avoir lieu entre l'homme et la femme, des enfants en étaient le fruit, et, si le mâle venait à s'unir au mâle, la satiété les séparait bientôt, et les renvoyait à leurs travaux et aux autres soins de la vie.
De là vient l'amour que nous avons naturellement les uns pour les autres : il nous ramène à notre nature primitive, il fait tout pour réunir les deux moitiés et pour nous rétablir dans notre ancienne perfection. Chacun de nous n'est donc qu'une moitié d'homme qui a été séparée de son tout de la même manière qu'on coupe une sole en deux. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitiés. Les hommes qui proviennent de la séparation de ces êtres composés qu'on appelait androgynes aiment les femmes ; et la plupart des adultères appartiennent à cette espèce, à laquelle appartiennent aussi les femmes qui aiment les hommes et violent les lois de l'hymen. Mais les femmes qui proviennent de la séparation des femmes primitives ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées vers les femmes : à cette espèce appartiennent les tribades. De même, les hommes qui proviennent de la séparation des hommes primitifs recherchent le sexe masculin. Tant qu'ils sont jeunes, ils aiment les hommes : ils se plaisent à coucher avec eux et à être dans leurs bras : ils sont les premiers parmi les adolescents et les adultes, comme étant d'une nature beaucoup plus mâle. C'est bien à tort qu'on les accuse d'être sans pudeur, car ce n'est pas faute de pudeur qu'ils agissent ainsi ; c'est parce qu'ils ont une âme forte, un courage mâle et un caractère viril qu'ils recherchent leurs semblables : et ce qui le prouve, c'est qu'avec l'âge ils se montrent plus propres que les autres à servir l'Etat(…).

Pour ceux qui ont eu l'audace, la curiosité et le mérite de lire jusqu'ici, sachez que vous pouvez trouver un court métrage, bien goupillé mais pas parfait non plus, mettant en scène ce mythe d'Aristophane, ici. Sinon, j'ai choisi de partager cet extrait, tout simplement pour souligner la vision d'une part, assez délurée et plaisante d'Aristophane et d'autre part, pour souligner l'avant-gardisme étonnant que pouvaient avoir les grecs, je vous rappelle au V ième siècle avant Jésus, par rapport aux orientations sexuels. Petit b mol cependant, et pas des moindres, cet apologue n'inclut ni l'idée de choix, ni l'autodétermination et renforce l'idée de l'inné, ce qui, bien évidemment, peut hérisser le poil de certains, dont moi, mais voyons, un peu d'indulgence, nous somme bien au V ième siècle avant l'Autre Taré et ce texte nous offre bien plus qu'une source de spéculations ineptes...

mardi 20 octobre 2009

Réponse en filigrane -


« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.»


A ma chair,



Lumière de ma vie…

Cherchez-donc et nourrissez-vous donc de votre Humbert Humbert, croyez-donc que le monstre n’était qu’en fait, ébranlé par une furieuse passion, épanché, piégé. Construisez-donc une jolie symphonie où la mauvaise note serait la bienvenue, où le chœur amer et nasillard, ferait couler la pitié. Achevez donc l’histoire, en un coup bouleversé et rendez-vous compte qu’il n’était qu’un homme. Car c’était bien un homme, un homme comme vous, un homme comme moi, ce monstre était un homme. Moi-même, je pourrais le comprendre et même j’ose, je le comprends, car si cet homme a été percuté, comme je l’ai été, par votre insolente existence, il y avait de quoi trébucher. Seulement, cet homme, n’a pas eu ma chance, lui, n’était pas à sa place et sa faute a été de ne pas bouger, d’y rester et de s’y soumettre vulgairement, ignoblement, égoïstement. Ce monstre est un homme.
Vous n’êtes pas
Dolorès. Là est la clef du roman, autant qu’il n’est pas votre Humbert Humbert. Il n’y avait pas de nymphette, il n’y avait pas de Lolita.
Là était ma crainte, affûtée mais néanmoins muette et respectueuse, de votre
chute d’arbre.

… feu de mes reins.

Alors ! Ne vous laissez pas abattre par une viande un peu molle et un peu trop flétrie à votre goût et ma parole, foutez lui de grands coups de verges histoire de l’affermir et bouffez-là, comme une ogresse, de vos dents gâtées par l’acidité corrosive de vos douloureux théâtres. Et rappelez-vous que l’ardeur me dévore la tripe depuis le jour où je vous ai croisé, n’est-ce pas ?
Gavez-moi de vos têtes à queue qui me font, à vrai dire, tourner la tête et faites vibrer les cordes de ces violons qui sont si chers à nos yeux ! Si cette
fée perverse est bel et bien revenue, et j’en suis convaincue, ne vous faites pas plus feignant que moi, ne dévoyez pas vers la facilité, ne vous laissez pas avoir pas vos discours paranoïaques qui sont eux, contrairement à vos écrits, sans queue, ni tête. Et donnez à cette fée le devoir et l’obligation de me donner des coups de baguette…magique bien entendu !
Et donnez un sens à vos tête à queue ! Mettez-moi le museau dans la chair et magnez-donc la baguette qu’elle vous fasse sa magie ma parole ! Vous me voyez pourtant, miauler comme un chat, aboyer comme un bâtard, hurler ma lycanthropie ! Vous le voyez bel et bien ! mais vous avez raison, les vraies femmes, aussi capricieuses soient-elles, méritent leur madrigal.

Lo. Lii. Ta.

Concernant cette métaphore cinématographique autant déroutante que simple et réaliste, elle me fait peur, justement parce qu’elle est tout à fait vraie, trop vraie. Je vous rappelle qu’on meurt à la fin…


image : Un bout d'affiche de Lolita, film de Stanley Kubrick de 1962, inspiré par le roman de Vladimir Nabokov du même nom.




Genèse -



ou l'histoire du gato negro...

C’est une fois avoir tiré son coup que Le Grand Miaouw s’était rendu compte qu’il ne s’était point protégé…
Une fois de plus ou de moins, pensa-t-il un peu enjoué par le fabuleux orgasme qu’il venait d’avoir.
Pourtant, ce n’était pas la première fois que le Grand Miaouw -dont le cocktail physique, alliant à la fois, son allure de beau mâle, élastique et soignée à son air martial dû à sa race de type gouttière, qui faisait miauler les chats et les chattes les plus lubriques du quartier- baisait sans capote. Le Sida Du Chat battait pourtant à flot, impalpable, vicieux et il avait déjà souillé la plupart de ses potes, mais qu’importe, le mélange de chairs se doit d’être vrai, jusqu’aux méandres, jusqu’aux tripes se disait-il toujours avant une partie de pattes en l’air. De plus baiser une persane- c’étaient ses préférées et plus particulièrement les grises- sans capote était bien la chose la plus délectable dont il avait eu l’occasion de goûter, sentir leurs poils longs et soyeux parcourir le long de sa verge, la baiser comme un chien- les chats aussi disent ça- tout en étant amorti par l’épaisseur de la robe, dont le gris qui la compose se nuance différemment pour chacune des partie du corps qu’elle recouvre. Et puis leur miaulement était si profond et si pénétrant, que Le Grand Miaouw avait des fois, l’étrange mais néanmoins, bonne sensation que c’était lui qui se faisait prendre, de quoi assouvir des tendances homochaxuelles que Le Grand Miaouw n’assumait pas encore, mais ceci est une autre histoire. Bref, la persane c’était d’la bombe quoi ! Et la bombe, ça se savoure à poil !
Cependant, c’était une surprise bien plus délicate et gênante, que le Sida Du Chat, qui pointait le bout de sa griffe…la persane était en cloque. Et c’est pour cela qu’elle miaula Le Grand Miaouw quelque semaine plus tard, dont la seule réaction a été de lui dire qu’il fallait qu’elle arrête de se trouver des excuses, grossir, ça arrivait à tout le monde(excepté lui). Pourtant Le Grand Miaouw deviendrait bel et bien Papa et cette nouvelle lui rappela les pâtées bon marché qu’il avait déjà eu l’occasion de goûter dans ses moment les plus périlleux :
Une belle saloperie qui n’aurait jamais dû existé pensa-t-il déjoué cette fois-ci.
Il alla donc voir la persane avec autant d’envie que de faire un voyage en chine. Elle était devenue énorme, difforme, elle rampait de toute sa masse sur le sol et son gras visqueux et beaucoup trop mou engloutissait la route, la dévorait.
Putain ! Il doit y en avoir pour un kilo de pâtée bon marché là-dedans, ils seront au moins dix ! miaula-t-il.
La persane formait un carré parfait aussi large que long et il se demanda vraiment, comment il pourrait un jour baiser de nouveau cette barrique à poil.
Elle accoucha quelque heures plus tard, dans un miaulement cette fois, aussi bien strident que guttural et bien loin d’être aussi bandant que ses miaulements coïtaux. Sa douleur et son énorme ventre laissaient à penser que les chatons se conteraient par dizaines ce qui poserait un problème de tétines. Cependant, la persane n’accoucha que d’un seul chaton, ce dernier en remplaçait aisément dix et Le Grand Miaouw fut surpris de se rendre compte qu’il y en avait qu’un dans ce tas de gras et que c’est lui qui prenait toute la place. De plus, ce petit chat était très laid, il était tout noir, du bout de la queue à la rétine de ses yeux globuleux, n’offrant donc aucune nuance, aucune personnalité. Il était noir comme la nuit et il était énorme, gras et pâteux, on le surnomma dans tous le quartier, el gato negro
S’en suit un divorce entre la persane et Le Grand Maiouw, la mère resta obèse toute sa vie en regardant les ChatPeople sur la Chatre et le père devint un alcolo-dépressif utilisant ses neuf vies à tester les différentes manières de suicides. Et el gato negro, lui, entreprit des études de lettres…


image : Charlotte(personelle)