Zeta cinco.
D’un côté il y la montagne qui surplombe, qui surveille. De l’autre la mer froide qui se fracasse continuellement sur les falaises. Au milieu il y a cet arbre, ce grand arbre qui berce la mort. Ses racines sont un portail de fer forgé, noir aux nuances rouillées. Son tronc est une grande allée flanquée d’un gazon vert profond et doux. Ses branches sont des allées plus petites qui voient en leurs extrémités fleurir les tombes, comme des bourgeons. z5, c’est le nom de ta petite allée, de ta branche où tu reposes sans bouger, comme un petit oiseau qui crame au soleil. Belle ironie toi qui a cramé dans ta caisse de bois mordorée où ton gros corps dégueulasse a soudainement pris moins de place. Tu cramais, pendant que raisonnait une berceuse qui finissait par noyer ceux qui te pleuraient. Et tes restes, ta cendre, comme les miettes d’un gâteau qui tombent, s’est entremêlée à la chair poussiéreuse de tes aïeuls, de quoi balayer un sacré bourbier. Moi j’étais sec mais buvais avec horreur les paroles de ce prêtre qui ne t’avait jamais ni vu ni toucher, mais qui te faisait des éloges par bouquets. Hypocrisie divine, amen. Je pensais alors à ce beau jour où on m’a appris ta mort, où je suis venir te voir. C’est le moment de ta vie où tu as été le plus proche de moi, tu m’as touché même. Et sans le savoir ton cou a laissé mes mains te prendre, et ton dos déjà froid et dur a laissé ma tête s’y poser. Tu n’as jamais été aussi tendre que ce jour-là. Il faisait noir et froid, ton horloge digital affichait une heure clignotante et déglinguée, comme si ta crise cardiaque avait fait sauter les plombs. Tu étais couché sur le ventre, tu étais dur et glacé, la décomposition commençait son œuvre et moi je pensais encore que tu respirais, je m’imaginais ton souffle, l’hallucinais et plusieurs fois j’y ai cru. Cela devait être les gaz qui se cognaient et s’agitaient si bien qu’ils brassaient ton cops comme un bateau qui chavire. Je m’approchais de ton oreille et te murmurais la seule phrase que je te disais parfois, hasta la semana que viene.



