Guy de Maupassant
(...)Il faut être, en effet, bien fou, bien audacieux, bien outrecuidant ou bien sot, pour écrire encore aujourd'hui ! Après tant de maîtres aux natures si variées, au génie si multiple, que reste t il à faire qui n'ait été dit ? Qui peut se vanter, parmi nous, d'avoir écrit une page, une phrase qui ne se trouve déjà, à peu près pareille, quelque part ? Quand nous lisons, nous, si saturés d'écriture française que notre corps entier nous donne l'impression d'être une pâte faite avec des mots, trouvons nous jamais une ligne, une pensée qui ne nous soit familière, dont nous ayons eu, au moins, le confus pressentiment ?
L'homme qui cherche seulement à amuser son public par des moyens déjà connus, écrit avec confiance, dans la candeur de sa médiocrité, des œuvres destinées à la foule ignorante et désœuvrée. Mais ceux sur qui pèsent tous les siècles de la littérature passée, ceux que rien ne satisfait, que tout dégoûte parce qu'ils rêvent mieux, à qui tout semble défloré déjà, à qui leur œuvre donne toujours l'impression d'un travail inutile et commun, en arrivent à juger l'art littéraire une chose insaisissable, mystérieuse, que nous dévoilent à peine quelques pages des plus grands maîtres.
Vingt vers, vingt phrases, lus tout à coup nous font tressaillir jusqu'au cœur comme une révélation surprenante ; mais les vers suivants ressemblent à tous les vers, la prose qui coule ensuite ressemble à toutes les proses.(...)
Guy de Maupassant, préface de Pierre et Jean, 1888.
C'est en étudiant cette célèbre préface ce matin, que me sont venus à l'esprit quelques idées, quelques questionnements. Que va devenir la littérature contemporaine ou, qu'est-elle entrain de devenir ? Non pas que ce questionnement ne m'est pas tiraillé bien avant, mais cette préface démontre bien l'incapacité des contemporains à spécifier un mouvement, une tendance, et surtout, à croire que le nouveau est possible. En effet, nous pouvons voir, quoique l'animal littéraire qu'il était, que Guy lui-même, pensait à une finalité de la littérature de son époque. Comme vous pouvez le voir, pour lui, rien ne saura, ni ne pourra être nouveauté, l'innovation est impossible. Cependant, avec 121 ans de recul , nous constatons que Maupassant n'avait pas pensé au symbolisme(quoiqu'il en parlait comme une extravagance d'auteur passagère un peu plus haut dans la préface), au surréalisme, à l'existentialisme, à l'oulipo et au nouveau roman ! Bien sûr, nous l'excuserons, tout le monde ne peut pas être devin, mais ce raisonnement, tout à fait recevable autant à l'époque qu'aujourd'hui, révèle ici sa limite et prouve que non, rien n'est mort et tout est à découvrir. Je pense que l'idée de vivre dans un creux littéraire(appelons un chat un chat) a quand même sa part d'excitation. Alors oui! notre génération ne fait pas parti d'un grand mouvement littéraire, où les auteurs auraient tous en chœur, la plume affûtée, où les sentiments d'élévation, de vague et d'ivresse nous rongeraient tout un chacun ; mais la seule idée de vivre dans une espèce de bouillonnement brûlant et humide, de vivre la naissance d'un quelconque gisement spirituel, ou alors d'être à l'origine d'un néant profond et obscur, encore insoupçonné, me stimule. Nous somme dans tous les cas, dans une époque adolescente, où son effervescente masturbation, ne peut aboutir qu'à une singulière éjaculation.
Qu'est-ce que la littérature nous réserve ? Qui vivra verra.



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire