A l'implosion des chairs,
Tu m’auras fait couler beaucoup d’encre, des lampées noires et obscures, des rivières acides sorties du lit de mes veines. Dans mes inondations, j’ai noyé ton petit corps d’homme, serrant ton cou sous le liquide indélébile. J’ai souvent senti les veines de ta gorge se gonfler, s’énerver, se tendre à se fendre et j’ai souvent vu ce manque d’air, t’empourprer les yeux. Nous étions encore loin de tenter la mort, mais disons que l’on s’y rapprochait et c’était tout ce qu’il y a de plus beau. Néanmoins, l’idée de te rompre le cou et d’imprimer mes doigts dans ta chair diaphane ne m’est pas étrangère. Ce sont tes veines qui palpitent, je n’y peux rien, j’ai plusieurs fois caressé la limite. Elles parcourent ton corps, de ton menton à la cheville, en toile bleuté, en nervures prédécoupées, elles sont un appel au meurtre. Combien de fois t’ai-je empalé à leur vue, à leur chant de sirènes psychopathes ? Jet’aimaisattachée à ses lianes charnelles. Tu devenais le feu de ma pyromanie, tu t’incendiais d’un bleu glacé. Comment ne pas crever sous le poids de tels souvenirs ? En masturbations insensées, lubrifiées de larmes contres lesquelles, les essuie-glaces ne peuvent rien. S’il n’y avait que cela ? Mais non, tu es un poison qui se donne l’air évanescent, mais qui plante son couteau dans le dos, et recommence quand je me donne l’air convalescent. Et là, tu m’effraies, me terrorises et me hantes sans jamais me toucher. Un lémure décharné, mais sublime et ton image en saccades, dans le tourbillon du psyché, creuse le maelström de mon naufrage. Cette « image prodigieuse de l’agonie » que tu m’as laissée, m’apaise parfois, mais je crache bien trop souvent son arrière goût amer. Et la réminiscence acide de ton vagin elle, me gâte et me ronge la chair. Alors l’ivresse ma petite, l’ivresse ! Toi qui es partie pour en retrouver de cette ivresse, car oui ! Etre ivre, c’est vivre, à une lettre près. Mais les vins ont beau êtres de toutes les couleurs et de toutes les saveurs. Les drogues peuvent être de toutes les textures et de toutes les violences. A la fin, ne brûle que le tanin au fond du miasme qui me sert de tripes et les psychoses me saignent la sclérotique, à blanc. Et le plus impitoyable de ces paradis artificiels, le rêve, qui me trompe d’un humour corrosif et taquin. Tous ces matins où j’ai cru que tu étais toujours là, toujours aussi folle de moi, de nous. Au réveil, c’est un coup de poing qui écrase chacun de mes organes et les broie, quand je redeviens lucide. Mon corps, désabusé, vendu, empoisonné par les effluves du succube, du vrai, craque. Au matin, mon fluide mental coule et flétrit notre jardin sauvage. Mais ces enfers artificiels sont essentiels, vitaux et salvateurs. Tu me pourris, des aurores aux crépuscules, dans ma camisole physique et chimique. Et je pense alors à,
Toutes mes pages que tu n’as pas finies de lire,
Toutes tes pages que je ne peux plus commencer,
Toutes ses pages que tu as dévorées,
Et les cépages que tu as bus
A ses côtés.
Je n’ai que la fuite comme arme, je n’ai plus la taille, ni le poids. M’abandonner dans la pureté animale de cette minimal et m’enfuir des réalités trop épineuses. J’ai pourtant toujours eu le goût pour l’ivresse, toute ivresse et j’en regorgeais à tes côtés, car tu en avais le goût subtil et ardent. C’est brutal, de se rendre compte qu’on est fade, qu’on fane à petit feu et qu’on ait goût de rien. Mieux vaut être dégueulasse que fade. Être fade, c’est simplement ne plus exister, ou pas assez et c’est encore plus infâme. Mes pétales ont implosé, sans même émaner le parfum profond de la mort. Du corps-nu au cornu, du corps-beau au corbeau, nous n’avions jamais mieux porté nos noms, triste ironie. Ton amour charognard m’a dévoré tout à fait. Comment ai-je pu éteindre cet incendie violent qui nous happait ? Ces valses endiablées me semblaient immuables, sempiternelles. Où traînes-tu les petits seins suspendus à ta gorge, ma chair ? Tes yeux reflètent-ils encore les tornades de tes cauchemars, le matin ? Tes larmes sont-elles toujours aussi salées si je les buvais, à présent ? Ces larmes là, qui distillent des maux alambiqués. Où es-tu ? Tu m’es perdue, dans mes bras éperdus. L’amour est un deuil incarné, retourné dans la chair jusqu’à la rendre avariée. C’est un deuil habité, tous les jours animé et ranimé par le foyer du cœur incarnat qui nous consume. Les poumons violés par la fumée des cigarettes, les feuilles mortes s’envolent, tourbillonnent et s’effondrent cramoisies sur les violons d’automnes. Ce cyclone là, il est dans mes veines et il ne s’arrête pas. Je souhaite ne plus t’écrire, ne plus écrire en toi, ni pour toi, ni sur toi. J’ai tout à réinventer et si je le dis, c’est que demain, j’aurais changé d’avis. Tout cela n’était qu’un dernier souffle, les ravages sont à l’intérieur. Ma voix a hurlé en filigrane pendants ces cinq périlleuses années, où tu m’auras fait couler beaucoup d’encre. J’écris comme je cris et ton ancre m’a coulé, en silence.
Octobre/Novembre/Décembre/Janvier 2o1o/2o11-
Photo : Nécrose, BoubouShoot-


"En masturbations insensées, lubrifiées de larmes contres lesquelles, les essuie-glaces ne peuvent rien." ...
RépondreSupprimerTout ce texte est gorgé de nous.
RépondreSupprimerIl fallait donc que ces "essuie-glace" Nabokovnien y trouvent leur place.
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